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Installation photographique

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Mirrors float us est une installation photographique lumineuse stéréoscopique.
Elle constiste en un diptyque photographique : un paysage et un portrait qui se font face et se répondent. Le paysage représente une valeuse, deux collines qui s’entrouvrent laissant deviner la mer et l’horizon au loin. La personne sur le portrait esquisse un geste, se protège-t-elle de la lumière éblouissante ? Tente-t-elle de percer l’horizon au loin ? Est-ce un geste de recul ?
Ces doubles images sont issues d’un procédé stéréoscopique, mais plus encore que l’espace en 3 dimensions, c’est un premier geste, un début de mouvement, qu’elles semblent dessiner. Avec deux images et une infinité de possibilités de variations lumineuses peut apparaître l’animation, le degré zéro du cinématographe. La lumière est le sujet central de cette pièce, c’est elle qui montre les images, les sépare l’une de l’autre et détermine la façon dont on les perçoit. Sommes nous face à une image fixe ? Les vibrations lumineuses lui apportent comme un souffle, un semblant de vie. Le temps semble s’étirer entre les différents états de la lumière.
Le titre s’inspire du travail de la poétesse américaine Sylvia Plath, dont les poèmes autobiographiques décrivent les sentiments liés à la condition féminine, de manière organique, parfois crue et violente. Mirrors float us évoque l’idée d’une image liquide, mouvante comme notre propre regard sur nous-mêmes. Le paysage et ses manifestations sont perçus comme des symptômes des états de l’esprit, dans une perspective romantique. Un dialogue lumineux s’instaure entre le paysage et le portrait : l’un et l’autre se répondent, vibrent alternativement et semblent parfois s’accorder.

Une image apparaît là, dans une boîte. Un dialogue, une confrontation, entre elle et nous s’instaure. Nous l’observons donc. Très vite, un sentiment singulier nous retient. Cette image, a priori fixe, nous trouble; vibrations subtiles, dédoublements, scintillements, sensations de mouvements imperceptibles. Est-ce une photographie ? Un objet filmique ? Un long plan-séquence fixe ? Le doute s’empare de nous et Anaïs Boudot nous emmène dans son univers magique et troublant, à la lisière du cinéma et de la photographie.
L’exploration contemporaine de nouveaux moyens photographiques fait parfois appel à des techniques tombées en désuétude. Le travail d’Anaïs Boudot repose sur l’une d’entre elles : la stéréoscopie. Il s’agit d’un procédé mis au point à la fin du XIXe siècle, contemporain de l’apparition de la photographie, qui permet de créer des images en relief grâce à l’enregistrement binoculaire d’un sujet. Pour comprendre cette technique, il suffit de regarder son doigt d’un œil, puis de le fermer et le regarder de l’autre. L’objet perçu subit un effet de parallaxe. Les deux yeux ouverts rétablissent l’équilibre. Les images présentées se fondent l’une dans l’autre, créant ainsi un effet de profondeur et de mouvement.
La photographe procède par hybridations des médias et interroge davantage le photographique que la photographie. Ses images nous rappellent que toute chose est mouvante, le corps, le paysage, la lumière qui s’y pose. Nuances imperceptibles que la vision ne peut saisir pleinement.
Anaïs Boudot pose ici la question du regard, de la temporalité des choses, en s’immisçant dans l’inframince de la dilatation in extenso du temps où le mouvement peut se décomposer à l’infini. Ce travail sur la temporalité nous renvoie à notre propre positionnement face aux images. Est réactivée ici l’idée du simulacre. Happés, hypnotisés par un monde saturé d’images, que voyons-nous vraiment ?
_ Valéry Poulet